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 La noblesse sous Napoléon Ier

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SabinaSabinus
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SabinaSabinus

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MessageSujet: La noblesse sous Napoléon Ier   Sam 22 Avr - 6:07

LA NOBLESSE IMPERIALE



Avant d’être un ordre, la noblesse est d’abord une notion qui tend à traduire des vertus à travers un rang illustre. La noblesse doit être ancrée dans le temps, les générations qui incarne
des vertus, notamment guerrières, ont le devoir de les transmettre.

Sous l’Empire, Napoléon choisit de restaurer la noblesse ; En effet pour les contemporains la noblesse a été mise à mal pendant l’ancien régime, on a souvent décrit une noblesse dépravée qui avait perdu toutes ses valeurs et vertus primordiales qui faisait d’elle le Second Ordre. Cette vision contemporaine a favorisé l’effondrement pendant la révolution française, d’un ordre vieux de plusieurs siècles. Cet événement fut une coupure brutale avec l’héritage.
L’Empire se dressant face aux tyrans voisins en diffusant les idées révolutionnaires devait légitimer un nouveau modèle, la création d’une nouvelle institution nobiliaire devra participer à cet effort tout en respectant l’égalité des citoyens et la liberté des individus. Pour cela on puisera dans des notions antiques tel que les idéologies chevaleresques du Moyen Age, ou encore des modèles d’institutions de l’empire romain. Donc c’est véritablement une restauration d’un rang illustre en créant une nouvelle institution qui permet de concilier des principes révolutionnaires et des valeurs héritées des ancêtres.

Dans cet exposé nous allons tenter de comprendre comment l’empereur et le gouvernent ont œuvré pour établir une cohésion nationale et sociale, à travers l’étude de l’institution nobiliaire, puisqu’en effet la société semblait partagé entre ceux qui voyaient Napoléon comme le défenseur de la paix et de la nation, d'autres au contraire qui le voyaient comme un usurpateur, et d’autre encore qui attendaient de constater les effets de ce nouveau régime.

D’abord nous verrons l’évolution d’un nouveau rang social et les efforts fais par le pouvoir pour s’adapter aux circonstances et aux opinions.
Ensuite nous verrons que cette nouvelle classe sociale apparaissait comme le socle du trône impérial et était au service de la nation.




I l’évolution de l’institution nobiliaire

1/ L’ébauche d’un nouveau rang social.

C’est à partir de 1802 que va commencer la création d’un nouveau cadre social avec l’apparition de la légion d’honneur qui permettait de distinguer des citoyens par un titre honorifique pour leur service rendu à l’état. Le Premier Consul semblait vouloir créer un corps à part en gratifiant les chevaliers de la légion d’honneurs par des rentes de bien nationaux. Cette innovation fut mal perçue par les partisans des idées révolutionnaires. La création de 31 sénatories à vie dotées de domaines provoqua la même réaction négative. Ceci dit Napoléon Bonaparte se désintéressa rapidement de ces deux expériences qui précède la création de la noblesse car d’une part le statut de la légion d’honneur dévalua rapidement par le nombre croissant de chevaliers, d’autre part le morcellement des domaines de sénateur ne pouvait être une assise solide pour la formation d’une classe nobiliaire potentielle.

En 1804 Napoléon Bonaparte devient empereur héréditaire, il lui sembla nécessaire de constituer une place prédominante à la famille impériale et aux grands dignitaires de l’Empire. Suite à cet avènement, le sénatus consulte institua les titres de Princes Français et l’empereur accordait une dotation annuelle d’un million de franc. Les hauts dignitaires eurent des attributions honorifiques : le Grand Electeur, l’Archichancelier de l’Empire, l’Archichancelier de l’état, l’Architrésorier, le Conétable et le Grand Amiral. Le titre de prince était atttaché à leurs dignités. Dès lors on constate l’apparition d’une étiquette, avec un ordre de préséance.
L’élargissement de titres aux non parents est un signe qui traduit que l’on va vers la création d’une noblesse.
Suite aux conquêtes impériales, des décrets de 1806 instituaient 22 « duchés grands fiefs de l’Empire » et c’est l’empereur qui donnait l’investiture des fiefs à des personnes qu’il désignait lui-même. Ces fiefs étaient transmis héréditairement mais restaient à la disposition de la couronne impériale, de plus les duchés grands fiefs n’apportaient aux feudataires qu’un titre ducal et une dotation. Dans la même année le sénatus consulte prévoit que d’autres titres héréditaires pourront être érigés par sa Majesté afin de récompenser de grands services.
En 1807 le maréchal Lefebvre reçu le titre héréditaire de Duc de Dantzig en souvenir du siège auquel il a participé de façon glorieuse. Cet exemple montre l’apparition d’une sorte de « noblesse – récompense ». L’opinion ne semblait plus offusqué et était préparée à l’innovation d’une noblesse au service de l’Empire.

2/ L’apparition d’une titulature et de magistrats est l’avènement officiel de la noblesse impériale.

Napoléon promulgua le premier mars 1808 les statuts confirmants la création des titres impériaux. Une stricte hiérarchie s’imposait selon les dignités ce qui fut une innovation car sous l’Ancien Régime, c’était d’avantage le prestige de l’ancienneté d’une famille et de ses possessions qui déterminait son rang plutôt que les titres qui lui étaient conférés. 5 titres sont retenus : Celui de Prince, de duc, de comte, de baron et de chevalier. Autre nouveauté, les titres étaient en corrélation avec les fonctions officiels du dignitaire comme nous le démontre la création de l’héraldique impériale en 1808, les armoiries situaient l’individu dans l’ordre social par l’illustration symbolique de sa fonction. C’est une héraldique qui avait des règles fixes, imposée à tous, aucune famille ne pouvait représenter une armoirie personnalisée comme auparavant.
Les titres liés à la fonction étaient conférés à vie, et comme on tentait la création d’une noblesse, il fallait à cette dernière les moyens pour s’inscrire dans le temps et maintenir son rang social. Il est donc prévu qu’un décret conférant un titre puisse être suivi de lettres patentes en autorisant la transmission héréditaire dès lors que le bénéficiaire justifie un revenu produit par des biens réunis dans un majorat. Par exemple pour les princes et les ducs, les candidats à ces titulatures héréditaires devaient prétendre à un revenu net de 200 000 francs. Pour les chevaliers le revenu était fixé à 3 000 francs mais pour ces derniers le titre se transmettait définitivement lorsque les majorats élevés à 3000 francs étaient suivis pendant trois générations, de cette façon bon nombre de chevaliers de la légion d’honneur ne pouvait être chevalier d’empire (titre nobiliaire).
Quant à l’hérédité conservait le droit régalien, mais l’empereur pouvait permettre la transmission d’un titre par voie d’adoption.
Les magistrats eux étaient inaliénables et transmis avec le titre.
Finalement la corrélation entre la fonction et le titre conservait l’idée d’égalité des chances car les citoyens prouvant par les service qu’il rendaient à l’état et à l’empereur pouvaient être récompensés par des titres nobiliaires, sorte de couronne civique.


II Une classe intermédiaire entre le trône et le peuple.

1/ «une masse de granit »

Napoléon souhaitait que cette nouvelle classe sociale dépende entièrement du pouvoir impérial, elle devait former un rempart solide pour la nouvelle dynastie comme nous le démontre le serment d’investiture : « Je jure, d’être fidèle à l’Empereur et à sa dynastie, d’obéir aux constitutions, lois et règlements de l’Empire, de servir sa Majesté en bon, loyal et fidèle sujet, et d’élever mes enfants dans les mêmes sentiments de fidélité et d’obéissance, et de marcher à la défense de la patrie toutes les fois que le territoire sera menacé, ou que sa Majesté ira à l’armée ».
L’empereur voulait étendre le plus possible le nombre de ceux qui ont un intérêt personnel au maintien du régime, encore fallait il consolider les bases de cette nouvelle classe.
Le principe de méritocratie semblait être adapté aux volontés impériales puisqu’il fallait se distinguer de la masse par des services rendus à l’Empire.
Mais les mérites seuls ne suffisaient pas souvent à intégrer cette élite restreinte (3600 titres octroyés pendant tout le règne de Napoléon). La constitution de majorats impliquaient que les candidats aient une assise financière afin de maintenir leur rang, en général la richesse était constitué de bien fonciers puisqu’à l’époque la conception de la richesse était encore assimilée à la possession de propriétés terriennes. Bon nombre d’aristocrates se ruinèrent à acquérir des terres. D’autant plus que l’empereur exigea aux plus grands dignitaires de se doter de siège à Paris, centre du pouvoir. Tenir un rang était onéreux, d’autant que les dotations sur les domaines d’états vassaux étaient une source financière irrégulière, et les services rendus à l’état nécessitaient pour la plupart du temps de grandes dépenses. A cela s’ajoutait les dépenses liées aux fastes des réceptions. Si la fortune était nécessaire, elle ne devait pas provenir de sources indignes, les enrichis de la Révolution qui avaient acquis des biens nationaux de façon excessive étaient écartés, aussi peu de financiers ont accédé à la noblesse.
Ce sont les militaires qui étaient majoritaires au sein du corps aristocratique, à défaut de représenter le sommet de la pyramide sociale, ils devaient pour l’essentiel leur à ascension à leurs mérites démontrés sur les champs de batailles, tel que le duc de Dantzig. Les civils étaient majoritairement des fonctionnaires, présents dans chaque province ils permettaient l’encadrement des populations par des titrés impériaux. C’est aussi les civils qui avaient les plus hautes charges honorifiques. Les nobles d’empire fonctionnaires constituaient un monde de véritables grands notables où les conseillers d’état, les préfets se mêlaient à des fonctionnaires de plus bas rang. Il est à noter que des militaires ont été investi de titres par leurs fonctions civils comme le comte Rampon, général de division, qui a été anobli pour ses fonctions de sénateur. On peut penser que l’empereur voulait ainsi diminuer la place prépondérante de l’armée dans le régime impériale.
Une autre catégorie importante est celle des notables, c’est à dire des propriétaires ou rentier du sol qui souvent avaient des rôles politiques à l’échelle locale. Enfin savants et artistes étaient très peu représentés dans la nouvelle noblesse.

Le principe de méritocratie a induit à la constitution d’une noblesse d’une noblesse où se regroupait des individus d’origines sociales diverses.

2 / La fusion des élites

On a vu précédemment que la noblesse d’Empire était issue d’origines sociales diverses d’individus, l’institution nobiliaire devait leur offrir un cadre propice à la fusion de sociétés diverses.
A la fin de l’Ancien Régime, la difficulté d’accession à la noblesse pour des raisons économiques avaient provoqué le mécontentement de la bourgeoisie vivant à la manière aristocratique, qui aspirait à une ascension sociale. La création d’une nouvelle noblesse sous l’Empire permettait une ouverture à ces candidats, ce qui traduit une certaine continuité dans la mobilité de la société. Mais la haute bourgeoisie représentait moins d’un tiers des titrés. L’originalité de la noblesse d’Empire était d’avoir permis l’ascension fulgurante d’individus de modeste extraction, situation possible grâce ou à cause des nombreuses guerres, de simples soldats pouvaient espérer les plus hautes fonctions de l’armée couronnées de titres. Ainsi le maréchal Augereau, fils de domestique reçu le titre de Duc de Castiglione, et investit l’hôtel de Rochechouart au faubourg saint Germain. Ce genre de parcours excités l’émulations de ceux qui espéraient une ascension sociale par leur seul mérite.
A l’opposé les « comtes refaits », c’est à dire les nobles de l’ancien régime, se retrouvèrent « déclassés ». Bien que l’empereur mena une politique de ralliement, on s’efforça d’éclipser l’œuvre de l’ancienne noblesse au profit de la nouvelle. Ainsi on prenait soin de ne pas accorder des titres faisant rappeler le rang d’un noble de l’ancien régime. Ceci dit Napoléon était soucieux d’intégrer à la cour des noms prestigieux d’anciens nobles qui ont pu conserver de la fortune, afin de donner plus d’éclats et de légitimité à la nouvelle noblesse et au régime qu’elle soutenait, parfois même au détriment de certaines valeurs chères à l’empereur, on a vu ainsi intégrer à la cour un montmorency d’allure ridicule.
Malgré tout, l’ancienne aristocratie était réellement présente dans la nouvelle noblesse et comme ses concitoyens, elle aspirait à une ascension sociale.
La cour et les salons permettaient la diffusion de mêmes codes communs aux aristocrates, la vieille aristocratie faisant figure d’exemple pour les manières et prestations. Ces lieux privilégiés qu’étaient les salons et la cour, étaient propices aux sarcasmes, puisque c’était dans ces lieux que se mêlaient nouveaux et anciens aristocrates. Les nouveaux nobles étaient parfois l’objet de curiosité, tel que « Madame sans gene » surnom de la Duchesse de Dantzig qui selon madame de Chastenay disait à sa femme de chambre « C’est moi qui se coiffe ». Quant aux anciens nobles on feignait le martyr lorsqu’ils se voyaient investis de « force » à des dignités honorifiques. Ceux qui montraient de façon véhémente leur hostilité envers le régime, se voyaient exilés, c’est à dire qu’ils ne pouvaient s’approcher de Paris, ce qui démontre que la vie mondaine était au cœur des préocupations de la noblesse en particulier chez les femmes.
L’avènement qui marqua le plus cette politique de ralliement était le mariage de Napoléon avec Marie-Louise, archiduchesse et petite-nièce de Marie-Antoinette. Mais les alliances matrimoniales entre les grands noms de l’ancienne et la nouvelle noblesse furent rares ; Ces alliances se faisant traditionnellement dans le meme milieu socio-professionnel, en tous les cas ces projets étaient encore prématurés, d'ailleurs la nouvelle aristocratie a manqué de temps pour pouvoir s’affirmer.


En conclusion nous pouvons dire que l’institution nobiliaire créée sous l’empire a su habilement synthétiser des valeurs ancestrales à de nouveaux principes qui pouvaient sembler incompatibles. Elle n’est pas la restauration du Second Ordre, mais plutot l’avènement d’une nouvelle classe sociale qui est légitimé par la reconnaissance de valeurs considérées comme noble.
La fusion des élites semblent avoir était un echec, mais il est difficile de dresser un bilan à ce sujet vu le peu de temps qu’a vécu l’Empire. Autre point à souligner, Napoléon en créant cette noblesse a voulu péréniser dans le temps des lignages illustres, si certains ont conservés de la fortune il n’y eut aucun personnage illustre qui se démarqua aux générations suivantes à l’exception de Victor Hugo.
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