Le salon de Sabrina

Un forum pour se détendre et parler de ce que l'on veut, dans le respect et la bonne humeur.
 
AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 "Les jeux d'enfants" de Pierre Brueggel l'ancien.

Aller en bas 
AuteurMessage
SabinaSabinus
Admin
SabinaSabinus

Nombre de messages : 511
Age : 37
Localisation : Paris
Date d'inscription : 23/03/2006

MessageSujet: "Les jeux d'enfants" de Pierre Brueggel l'ancien.   Lun 24 Avr - 15:29

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SabinaSabinus
Admin
SabinaSabinus

Nombre de messages : 511
Age : 37
Localisation : Paris
Date d'inscription : 23/03/2006

MessageSujet: Re: "Les jeux d'enfants" de Pierre Brueggel l'ancien.   Lun 24 Avr - 15:33

LES JEUX D’ENFANTS de Pierre Bruegel l’Ancien


Les jeux d’enfants est une peinture à l’huile sur bois de 1 560 (118 x 161 cm) peint par Bruegel l’Ancien. Les dimensions du tableau permettent de faire une analyse détaillée sur les moindres détails puisqu’en effet même si les dimensions ne nous permettent pas de dire que c’est une miniature, l’ensemble du tableau nous présente une foule d’enfants s’adonnant à toutes sorte de jeux, ces derniers étant détaillés avec une minutie qui donne l’impression d’être en face de multiples miniatures regroupées en un tableau qui donne une atmosphère générale émanant de cette foule d’enfants criards et turbulents, avec une vague sensation de désordre pour l’adulte qui regarde cette scène.
L’auteur de ce tableau Pierre Bruegel, selon Karel Van Mander son biographe, est né dans le village Bruegel en Brabant. Il est probablement né vers 1 525/ 1 530. Il fut l’élève de Pierre Coeck Van d’Anvers en 1 551, puis il devint franc maître dans la gilde des peintres d’Anvers à partir de ce moment là il travailla pour le graveur et marchand Hieronymus Cock.
On ne sait pas grand chose sur ses origines sociales, mais il a une culture propre à l’esprit de l’époque de la Renaissance, avec ce courant qu’on appel, humanisme. Il est en relation avec des géographes comme Abraham Ortelius, des riches marchands, des penseurs tel que Henri Nicolae. Les éditions « Aux Quatre Vents » à Anvers où Pierre Bruegel a édité ses gravures, offrent un lieu de rencontres entre érudits dans une ville cosmopolite où se brassaient hommes et marchandises. Comme beaucoup de peintres de son temps, ce dernier entrepris un voyage en Italie pour parfaire son enseignement, il s’intéressa à l’observation de la Nature et à sa représentation en particulier dans les Alpes, spécificité spécialement des Flamands réputés pour être de bons paysagistes. C’est par la suite, après son retour à Anvers en 1 555 qu’il peint et dessina des scènes de vies quotidiennes, bien souvent des foules car son soucis était de projeter ses sujets dans un cadre précis sur un plan universel. En fait, il généralise des types que l’on peut rencontrer autre part voir dans d’autres temps («ce qui fut n’existe plus, mais revient »). Mythes, symboles et cosmographies sont aussi présents dans ses œuvres, ce qui s’inscrit dans un courant où on apprécie l’ésotérisme, les sciences naturelles, on peut citer La tour de Babel comme exemple de représentation mythique ; Toutefois Bruegel était désintéressé pour le goût de l’antique très en vogue en ces temps, il semblait même attaché à la tradition régionale puisque ses représentations se situent souvent dans un cadre flamand, jusqu’à l’architecture, on dirait aujourd’hui qu’il est conservateur cependant il n’ignore pas les nouvelles techniques principalement italiennes ; Mais ceci s’inscrit dans un contexte particulier où artisans flamands et italiens s’adonnaient parfois à de virulentes concurrences, pour illustrer ce propos citons Michel-Ange : « Et si je dis tant de mal de la peinture flamande ce n’est pas qu’elle soit mauvaise ; c’est que les peintres de ce pays veulent réussir tant de choses, dont une seule serait suffisamment difficile, qu’ils n’en font aucune de bien. » En ce sens on peut expliquer le goût du gothique et du folklore flamand de Bruegel bien que le baroque avait pénétré dans les grandes cités de Flandres.
L’humour est aussi présent dans ses œuvres d’où probablement un de ses surnoms : Bruegel le drôle, en fait c’est quelqu’un de très critique, qui grossit certaines réalités en les tournant en dérision parfois par la mise en image de certains proverbes tel que la peinture : Les proverbes flamands ; D’ailleurs sur le plan de la perspective, le peintre donne toujours cette impression de se placer au-dessus des scènes qu’il représente, et lorsqu’on regarde certains tableaux, on a cette même impression de regarder la scène en hauteur.
On sait que Brueghel quitte Anvers pour Bruxelles afin de se marier en 1 563 avec la fille de son maître Pierre Coecke, il mourut en 1 569 laissant deux fils Pierre né en 1 564 et Jan né en 1 568. Ces derniers devenus peintres, seront connus sous les surnoms de Pierre d’Enfer et Jan de Velours. Ainsi Bruegel l’Ancien devint le fondateur d’une dynastie de peintres.
Bruegel l’Ancien s’est donc inscrit dans cette longue lignée de peintres flamands et de l’Europe septentrionale, tel que Van Eyck inventeur de la technique de la peinture à l’huile, Jerôme Bosch dont les œuvres et thèmes ont tans inspiré Pierre Bruegel l’Ancien et d’autres, l’allemand Albrecht Dürer qui laissa de nombreuses publications sur l’art de peindre en plus de ses œuvres. Mais Bruegel l’Ancien est celui qui s’est le plus attardé à peindre les mœurs de son temps et de son pays, c’est pour cela qu’on l’a surnommé Bruegel le paysan, peindre la réalité est pour lui un de ses sujets de prédilection, ce qui lui permet de peindre l’individu tel qu’il est dans la réalité, l’individu peint dans la société, les jeux d’enfants mettent en scène des enfants libres de toute surveillance sans le regard vigilant des maîtres et parents, de l’Eglise et des autorités publiques, ils sont ainsi les reflets de cette société, parcequ’ils peuvent s’exprimer et imiter le monde des adultes en toute impunité. Bruegel pose un regard attentif à ses enfants comme d’autres l’ont fais auparavant dans des traités de pédagogie comme Erasmes, ou dans l’apparition du baroque avec la figure du chérubin ou de l’angelot avec une morphologie enfantine. La question que nous pouvons nous poser tout naturellement en regardant les jeux d’enfants est comment est ce monde vu par les jeux d’enfants.
D’abord nous verront comment les enfants dans ce tableau peuvent être libre de leurs mouvements.
Ensuite nous verrons en quoi les jeux permettent de socialiser les enfants.
Enfin nous verrons que les jeux permettent aux enfants de découvrir leurs aptitudes et aussi leurs limites.


I Les jeux et la liberté

1/ Une ville sans adulte

A première vue, on ne trouve aucun adulte, les enfants sont seuls, livrés à eux-mêmes pourrait - on dire. Il va de soi que c’est une situation impossible. Certains ont voulu voir la ville d’Anvers avec la vue d’une tour en arrière plan identifiée comme celle de la cathédrale d’Anvers. En fait, peu importe, le peintre a voulu mettre en image une ville où les enfants seraient plus libres de leurs mouvements. Les rues sont bien aérées, propres, rectilignes (ce qui est très probablement le contraire dans la réalité, il faudrait voir des ruelles étroites, sinueuses et encombrées par l’activité des adultes), en tous les cas les lignes rectilignes contrastent avec la liberté de mouvements des acteurs.
Deux places aérées sont présentes, la première en premier plan celle qui prend une place majeure dans le tableau paraît d'autant plus grande qu’à droite on aperçoit un chantier de construction, formidable espace de jeux pour les enfants, on peut même apercevoir un muret fait par un enfant qui a abandonné son jeu de construction. Les enfants apprennent à construire leur foyer. Sur les deux tas de sable du tableau se trouve aussi des enfants jouant dans le sable n’importe quel matériau est pour eux source d’imagination.
A gauche une maison avec très probablement un atelier, avec son jardin entouré de clôture, les délimitations ne servent à rien, il semble que l’espace privé et public n’est plus délimité avec les mêmes marqueurs, façon de pouvoir investir les lieux réservés habituellement aux adultes.
Sur la barrière des enfants jouent en mimant une chevauchée, d’autres enfants font des galipettes sur l’herbe du jardin, on joue a la poupée dans l’atelier, à l’étage on joue à la balançoire. Toujours à gauche, dans la partie la plus haute à l’angle, ici la nature même semble être un espace privilégié pour certains jeux, donc même la campagne environnante est envahie par les jeux enfantins ; On se baigne dans la rivière, parfois à l’aide de « bouée » en fait des vessies d’animaux gonflées, les arbres aussi peuvent être de magnifique perchoir pour les plus téméraires, à condition de ne pas être trop hauts, en enfant semble peiner à s’agripper au tronc, là c’est bien une activité qui lui permet d’évaluer sa ténacité et sa force, grand défi pour ce jeune garçon.
Le bâtiment en pierre a été identifié comme étant l’hôtel de ville par certains, d’autres l’ont identifié comme un édifice religieux, en tous les cas il symbolise dans ce décor l’autorité, mais du coup absente, puisque dans ce bâtiment solennel on trouve des enfants, on en voit deux qui sortent leur tête par des fenêtres tout en jouant au ruban et un autre qui suspend un panier.
Cependant il semble que les enfants aient des limites, il y a des endroits interdits, ainsi la rivière semble être une ligne de démarcation visible, peut être la frontière de la ville, au-delà il ne serait peut être plus protégés. Un jardin accolé à l’édifice entouré d’un murer en pierre ne semble pas être investi par les jeux.
Dans l’artère principale, l’horizon s’ouvre dans l’arrière plan donnant une impression d’une infinie de jeux d’enfants.
Après cette première lecture on a envie de se demander : où sont les parents ? Ils sont bien là, ils sont présents preuve en est la propreté et les habits soignés des enfants, d’ailleurs deux enfants jouant au cerceau mangent des tartine et un petit enfant au centre à droite a un grand pain de Noël dans ses bras. D’autre part, on peut voir la présence d’une adulte dans l’édifice qui jette un sceau d’eau sur deux garçons se disputant sous sa fenêtre. Une dame encadre aussi le jeu de noce au centre du tableau, elle est identifiée comme une adulte par JP Vanden Branden, pourtant elle ne semble pas plus grande que les deux jeunes filles jouant aux osselets en bas à gauche du tableau ; ne serait ce pas peut être une grande sœur qui encadre les plus petits. Les petits adultes aiment à exercer leurs autorités, c’est aussi pour eux une sorte de jeu.
En tous les cas, les enfants sont bien nourris, bien entretenus, ils ne sont donc pas abandonnés à leur sort mais semblent ne plus être sous l’autorité des adultes, ce qui leur permet de jouer à des jeux interdits par les adultes.

2/ Les jeux interdits ou répréhensibles.

Pour les enfants, tout semble être objet de curiosité, et même ce qui peut paraître répulsif aux adultes. Ainsi au premier plan, on voit une petite fille remuant avec un bâton des excréments, ont peut très bien s’imaginer qu’elle a elle-même déplacé le «pot à chambre » à gauche pour voir ce qu’il y avait dessous. Deux enfants tout prêt semblent désintéressés de la scène, la petite fille jouant de la flûte et tapant sur son tambourin, le petit garçon lui est trop occupé à chevaucher dans on ne sait quel monde. La petite fille peut ainsi s’adonner à remuer sa mixture, comme on ferait une bouillie, sans un regard répréhensif.
Pour rester dans ce sujet en haut du tableau contre le petit muret, non loin des enfants jouant à la toupie, selon JP Vanden Brander, on voit une petite fille urinant qui semble observer son jet d’urine et découvrir une des fonctions de son anatomie. En fait pour ma part je n’ai pas trouvé d’image agrandie sur cette scène donc je m’en tiens à ce que dit JP Vanden Brander. Cette posture est-elle répréhensible ? JP Vanden Brander pense que ce n’est que «candide ignorance de la pudeur post-tridentine ». Je n’en suis pas si sûr si on peut voir des nues de femmes ou de petite fille à cette époque c’est dans des cadres bien précis avec des attitudes définies qu’on les représentait, n’oublions pas que pour certains contemporains la nudité reste répréhensible en particulier pour les femmes alors que devrait-on dire d’une petite fille dans cette posture ? Loin de moi de porter un jugement sur la scène, mais il me semble plutôt que cette scène avait pour objet de déconcerter les adultes à la vue de ce détail ou voir, les faire rire.
La violence aussi sans l’absence des adultes peut ne pas être canalisée ou surveillée, mais finalement il y aura toujours un regard vigilant comme nous le montre l’intervention de la dame qui jette son sceau d’eau par la fenêtre sur les deux querelleurs.
Les jeux de hasard étaient aussi interdits, d’avantage par l’Eglise que par les parents, certains étaient tolérés ; or on voit deux enfant à côté des enfants jouant à colin maillards, vers la gauche du tableau, ces deux enfants jouent à un jeu de devinette : « Pair et impair » selon JP Vanden Branden, on devait deviner ce que l’autre tient dans ses mains, si on gagne on obtient le gain, or les gains obtenus par des jeux de hasards sont formellement interdits par l’Eglise. Les osselets par deux jeunes filles à gauche du tableau étaient aussi parfois interdit en tans que jeu de hasard.
Quant aux enfant jouant dans le chantier, ils jouent à cet endroit parce que les ouvriers ne sont pas là, de même que pour les enfants qui ont investi le lieu de travail des adultes. On voit aussi un petit garçon soufflant dans une vessie d’animal faisant une sorte de ballon, en ayant emprunté les chaussures d’un de ses parents.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
SabinaSabinus
Admin
SabinaSabinus

Nombre de messages : 511
Age : 37
Localisation : Paris
Date d'inscription : 23/03/2006

MessageSujet: Re: "Les jeux d'enfants" de Pierre Brueggel l'ancien.   Lun 24 Avr - 15:33

II Jouer permet une socialisation des enfants.

1/ La tradition transmise par la femme.

Si de nombreux jeux sont pratiqués par des enfants garçons et filles confondus, certains ont une prédilection pour les petites filles.
Ainsi les jeux relatifs à l’imitation du foyer dans la sphère privée sont plutôt pratiqués par les petites filles.
Tout à gauche, dans l’atelier, les petites filles jouent à la poupée, elles imitent ainsi le rôle qu’elles devront tenir en tans que mère, dont elles prennent exemple sur leur propre mère. Le rôle qu’elle joue temporairement est très sérieux, elles doivent habiller leur poupée, les changer, sûrement leur donner à manger, bref elle s’en occupe comme de véritable poupard. Il est à noter qu’une des petite fille tient probablement une sainte poupée, celle habillée en noire, qui était souvent transmise de mère en fille, ces poupées avaient la fonction de préserver de mal le nouveau-né. L’autre poupée est en chiffon, les enfants confectionnaient eux-mêmes leurs jouets.
Au fond à droite on peut apercevoir des jeunes filles assises contre le mur ; selon JP Vanden Branden elles jouent à la demande en mariage, il note l’absence de petit garçon, ce jeu est très sérieux, nous sommes en pleine négociation., il faut mettre en scène la gravité du moment où la jeune femme suite à cette entrevue, verra sa vie changer radicalement car elle devra changer de foyer et cette fois-ci aura en charge tout un foyer. Elle n’est pas seule d’autres femmes sont là en guise d’entremetteuse ou de présence familiale, car ce sont les deux familles qui marient les deux intéressés, il faut négocier la dot, fournir le trousseau, payer le mariage. C’est aussi le moment des mélodrames, et intrigues amoureuses.
Si les garçons ne s’intéressent pas encore à ce genre de mise en scène, leur statu de jeune fils à marier par la suite les fera s’intéresser à ce genre d’intrigues mais d’un autre point de vu.
Les traditions sont donc un domaine particulièrement féminin et souvent issu de la sphère privée. Imiter les traditions c’est imiter les rites de passages, et imiter ce que font les grands.

2/ L’imitation du monde des adultes.

Le jeu de la noce est un des rites les plus important pour le passage du monde de l’enfance au monde de l’adulte. Une jeune fille comme un jeune homme est pleinement adulte quand on lui confère une autorité particulière liée au foyer est ceci n’est possible que par le sacrement du mariage. Ainsi on distingue un jeune homme à marier et jeun homme nouveau marié. Pour la jeune fille c’est différent, cependant son ascension sociale dépend étroitement de son statut de femme mariée. D’une part parcequ’il lui semble qu’elle aura une liberté qu’elle n’avait pas sous l’autorité parentale, d’autre part le statu d’une mère est important dans la société, surtout si on a pu donner des héritiers à la famille. Enfin il ne faut pas négliger la sexualité licite, le mariage sa consommation très attendue par les jeunes gens. Si les enfants n’en ont pas la même conscience que les adultes, il n’empêche que c’est un regard adulte qui peint le tableau, et même certains regards qui balaient la scène du regard. En tous les cas le jeu des noces est peut être le jeu central du tableau. Le rang est serré pour éviter que les mauvais esprits s’insinuent dans le cortège, c’est pour cela que la plus adulte resserre les enfants plus étroitement (encore une femme qui transmet la tradition). Devant les mariés, on ouvre la marche en jetant des pétales de fleurs pour favoriser la fécondité du couple. La mariée, reine du cortège avec sa couronne sur la tête (peut être symbolisant la virginité mariale) est habillée tout de noir lui donnant un air de religieuse. Le marié lui est vêtu de rouge couleur royale, et virile. Certaines filles ont rabattu leur tablier sur la tête pour sûrement imiter les religieux.
Et après le mariage, le baptême de l’enfant, en bas à gauche près des jeunes filles jouant aux osselets, un cortège accompagne un poupon tenu dans les bras du parrain fictif vers une église fictive qui est très probablement installé dans l’atelier au-dessus des petites filles jouant à la poupée (qu’elles ont peut être baptisé préalablement). Un autel semble avoir été improvisé. Il y a tout le nécessaire pour faire une messe et pourquoi pas le baptême. Ainsi les enfants font un apprentissage des rites religieux et de la dévotion.
Le tape cul à droite sur la partie la plus haute d’une poutre pour la charpente on voit un garçon tenu par d’autres qui va sûrement recevoir une correction, soit pour le punir, ou soit parce que c’est la loi des plus forts et des plus nombreux., douloureux apprentissage de la justice punitive ou de l’injustice de ce monde.
Les jeux favoris pour les petits garçons restent dans l’imaginaire guerrier et aventurier. A côté du «pot de chambre » en premier plan on voit un petit garçon chevaucher avec son cheval-bâton, tête baissée en ayant ramené son bonnet sur les yeux imitant ainsi un casque, il devient ainsi un véritable chevalier. Il doit être très probablement dans une situation périlleuse où il doit prouver sa bravoure et ses vertus guerrières. Sur la barrière c’est le même genre de jeu pratiqué par trois petits garçons, dont deux qui semblent brandir leur épée ou bien une cravache, le dernier semble cramponné, la course va peut être trop vite.
Enfin pour terminer tout à droite du tableau un groupe de garçon entourant un petit garçon serrant un chapeau contre lui, semblent vouloir le corriger en lui tirant les cheveux, il semblerait qu’il est dérobé un chapeau à terre (pour un autre jeu tout à côté) ; Ou peut être pire, il a peut être ôté le chapeau de la tête d’un des garçons, pire parce que la coiffe est symbole de virilité, ôter le couvre chef d’un homme c’était vouloir porter atteinte ouvertement à son honneur, voilà une imitation de codes sociaux d’adultes.

III Tester ses aptitudes et limites du corps et de l’esprit.

1/ Les jeux d’adresses

Ils sont souvent recommandés par les éducateurs car ils développent la connaissance de ce monde. Par exemple les toupies pour Nicolas de Cues, ont un rôle d’apprentissage de sagesse. L’enfant comprend qu’à travers ce geste simple de faire tourner sa toupie par une force crée, il donne vie à un corps mort, un mouvement rapide s’opère donnant vie par la mobilité, jusqu’à ce qu’elle se meurt en retombant sur le sol. Voilà un petit exposé sur la Création et la vie, comme quoi même les scolastiques pouvaient avoir une imagination d’enfant. Ceci dit, il faut avouer qu’il est difficile de penser qu’un enfant en jouant à la toupie se pose ce genre de questions. En tous les cas, l’auteur a placé les joueurs de toupies sous le portique aux colonnes gothiques, ce n’est certainement pas par hasard, dont on voit là un écho de l’éducation religieuse symbolisé par l’édifice peut être religieux ?
Les échasses sont pratiquées par deux garçons, elles demandent un bon équilibre pour ne pas tomber, Un des garçons semble plus expérimenté par la plus grande hauteur des échasses. Ces échasses sont sûrement empruntées à un berger, ou bien elles appartiennent au garçonnet lui-même peut être berger. Apprendre à marché voilà un des passages important d’apprentissage pour l’enfant qui veut entrer dans le monde des grands.
Poème de Jakobs Cats : « Les enfants juchés sur des échasses sont la juste image de la vanité. Nous cherchons le plus souvent à paraître plus haut alors que nous sommes plus petits dans notre vérité. » Doit on voir là de la part de l’auteur le même genre de message ? Les adultes eux-mêmes ne cherchent-ils pas à paraît plus grand qu’ils ne le sont ?
Le cerceau démontre lui l’habileté à concevoir des jeux qui demandent de l’adresse avec des matériaux simples mais dont la technique semble sophistiqué. Voilà une sorte d’éloge à l’ingéniosité des enfants. En premier plan on voit deux enfants jouant à ce jeu, le plus grand frappe et le plus petit guide au moyen d’un court bâton un cerceau, qui en réalité est un cerclage de tonneau, la fabrication du cerclage est visible par la représentation de nœuds d’osiers, l’auteur a donc un soucis du détail important.

2/ La force des petits hommes.

On l’a vu plus haut un certain nombre d’activité sont d’avantage prisé par les garçons, on voit mal un garçon jouer à la poupée, on le voit d’avantage s’inventer une épopée guerrière.
Le besoin de mettre en pratique la force virile des garçons est visible sur la toile, il faut se défier, défier la force de l’autre, cela fait parti des rites de socialisation des enfants, un garçon doit démontrer que c’est un futur homme capable de se défendre.
Sur le premier plan on voit deux garçons à califourchon sur un tonneau couché sur le flanc, les mais accrochés à la bonde, le font rouler tantôt d’un coté, tantôt de l’autre, en se balançant. C’est une épreuve de force, c’est celui qui fera basculer l’adversaire qui emportera la victoire.
Plus haut on voit un combat équestre, c’est un jeu d’équipe, deux garçons font le cheval, les cavaliers s’accrochent à un lien de chanvre ou une ceinture et tente de forcer leur adversaire à franchir une limite rectiligne tracée dans la terre et marquée à chaque bout par une pierre. Le groupe de droite est sur le point de perdre. Non seulement par ce jeu on pratique sa force, mais on doit aussi avoir un esprit d’équipe, et ruser en tactique en utilisant la force de l’autre et en ayant un bon point d’appui. Il faut savoir se servir de sa force.
Enfin le jeu de «combien de cornes de bouc ? » ,près de la poutre de la charpente à droite, met aussi en jeu la force des garçons. En faisant une sorte de bouc par la superposition de cors deux soutiennes sur leurs dos courbés deux autres garçons, ceux qui ont la position la plus inconfortable doivent deviner un chiffre (nombre de cornes du bouc). Ceci symboliserait la possibilité de basculer d’un rang à un autre, d’une position plus confortable à une position moins confortable ou le contraire. S’il faut être fort et habile pour réussir, les enfants ne méconnaissent pas la chance et la Fortune que parsème la vie sur les chemins des individus.



En conclusion nous pouvons dire que ces enfants si ils sont laissés en toute liberté, il n’empêche que l’éducation parentale est bien visible. On peut mettre en rapport une autre gravure de Pierre Van der Borcht IV, le jeu des singes qui représente des êtres grimaçant s’amusant aux jeux humains, les enfants ne sont ils pas eux-mêmes des singes en singeant le monde des adultes ? Il ne faut pas voir là la malignité des enfants, ou alors si on peut la souligner ce n’est que parcequ’ils imitent la malice des adultes. Il ne sont en fait que des petits adultes, théâtralisant le monde des adultes dont ils font parti. Bruegel est un fin observateur de son temps comme les petits le sont pour les adultes. Mais il faut aussi souligner le caractère intemporel de l’œuvre, les jeux ont ce caractère intemporel par le fait qu’ils ne sont que l’écho des mœurs sociales de toutes les sociétés existantes, de toutes les cellules parentales.
Certains ont pu voir un côté ésotérique, comme J-P Vanden Branden, dans son article sur les jeux d’enfants, ainsi il met en corelation des sommes alchimiques, mais n’oublions pas de préciser que dans une des gravure identifié comme celle de Bruegel, intitulé l’Alchimiste, cette gravure ironise un art considéré comme savant par beaucoup de personne du temps. Ceci dit, il n’empêche pas de pouvoir chercher à lire l’œuvre dans un sens caché, même si cela est hasardeux et semble bien être de la spéculation, après tout comme le dit J-P Vanden Branden, ne pouvons nous pas à notre tour nous amuser à lire des messages codés de cette œuvre ? Ce dernier souligne d’ailleurs deux clin d’œil de l’auteur, quatre petits bérets posés à coté du chantier sur de l’herbe forme un visage tirant la langue, j’ajouterai que la disposition de l’herbe donne une impression de voir un ours en peluche. D’autre part une petite fille réduit en poudre une brique à la droite du tableau, elle prépare peut être une teinte rouge pour le peintre. D’un point de vu global, on peut dire que dans cette œuvre les enfants nous montrent un monde qui est le notre celui des adultes, une projection de notre monde, mais aussi celui des adultes du XXI ème siècle.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: "Les jeux d'enfants" de Pierre Brueggel l'ancien.   

Revenir en haut Aller en bas
 
"Les jeux d'enfants" de Pierre Brueggel l'ancien.
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» ( Bordeaux ) " l'Ami des enfants " A. BERQUIN 1749
» J'envie celles qui ont des enfants "parfaits"
» Joli texte : "Aimer la main ouverte"
» "Fête des voisins" - La Chandeleur.
» le juge MICHEL (Pierre Michel)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le salon de Sabrina :: Visions sur le Monde :: Histoire-
Sauter vers: